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Les recrutements par métiers

Le marché est particulièrement porteur pour les juristes d’entreprise depuis 2014.

Juristes d'entreprise 

Le marché est particulièrement porteur pour les juristes d’entreprise depuis 2014.
Dans ce contexte favorable, l’erreur de beaucoup de jeunes diplômés est de ne viser que les grands groupes, très, voire trop sollicités. « Beaucoup d’entre eux ont déjà des équipes conséquentes et ne recrutent qu’au compte-goutte, en cas de départ ou d’absence d’une ressource précise en interne », signale Christian Lamy, cogérant du cabinet Jurispartner (Groupe William Sinclair).

Cap sur les ETI
Le recruteur conseille de se tourner plutôt vers les entreprises de taille intermédiaire (ETI). D’autant que ces structures ont des critères plus souples… et pas toujours les moyens de prendre des seniors. « Qu’elles exercent dans le luxe, la distribution, l’informatique, la construction, ce sont elles qui tirent le marché actuel. Elles veulent internaliser les compétences juridiques qu’elles sous-traitaient auparavant.
Elles créent donc des équipes ou se renforcent sur certaines spécialités, notamment le droit des sociétés, des contrats ou le droit économique… »
. Autre piste à explorer : les grands cabinets d’avocats organisés en réseaux, tels que Fidal ou EY Société d’avocats, qui recrutent également des juristes pour le conseil aux entreprises.

Les PME constituent aussi une option pour les généralistes. « Mais les jeunes diplômés qui seraient tentés doivent savoir qu’ils seront happés par le quotidien dans une PME et que ce n’est pas toujours là qu’ils se formeront le mieux, affirme Blandine Cordier-Palasse, fondatrice et associée dirigeante du cabinet de recrutement juridique BCP Executive Search. Je conseille de toujours commencer en cabinet d’avocats pour se frotter à des situations très différentes aux côtés d’associés formateurs. Ou, à défaut, en entreprise, mais sous la supervision d’un mentor impliqué et pédagogue. »

Nouveaux métiers
Aux côtés des postes classiques, on voit se développer de nouvelles fonctions au sein des groupes, comme les « compliance officers », chargés de prévenir les risques notamment juridiques. Ces postes stratégiques étaient réservés au départ aux seniors. Ce n’est plus toujours le cas. « Des profils juniors peuvent être recrutés aujourd’hui pour mettre en place un programme de compliance, signale Blandine Cordier-Palasse. Ils seront en général rattachés au directeur juridique et vont progressivement monter en puissance. »  

Néanmoins, la prudence reste de mise avec les jeunes diplômés. Pour percer dans ce contexte, les juniors ont intérêt à décrocher des stages vraiment formateurs pendant leurs études. Et à ne pas snober les CDD, devenus monnaie courante. Entre six et dix-huit mois, ces expériences temporaires peuvent lancer une carrière. Mais attention à ne pas multiplier les contrats trop courts, qui risquent de faire douter de la fiabilité ou de la loyauté du candidat. Une remarque qui vaut aussi pour l’intérim, à pratiquer avec modération, en choisissant bien ses missions. 

Avocats et autres professions réglementées

Le nombre croissant d’avocats en France rend l’installation souvent difficile pour les généralistes ou les pénalistes, qui doivent d’emblée se constituer une clientèle. Dans le droit des affaires, en revanche, les juniors démarrent souvent comme collaborateur d’un cabinet où exercent plusieurs associés.

De manière générale, les cabinets d’avocats embauchent moins que les entreprises et les perspectives d’évolution (devenir associé) y sont plus fermées. Mais tous ne sont pas à la même enseigne. « Les grosses structures ont une activité plutôt en baisse, même si elles restent incontournables pour les sociétés cotées qui veulent mener des opérations transfrontières, » note Christian Lamy. Dans les autres cas, nombre d’entreprises se tournent vers des cabinets plus petits, moins chers, dont beaucoup ont vu le jour ces dernières années. « Les cabinets entre 15 et 40 collaborateurs et associés recrutent toujours », signale le recruteur.

Les grands réseaux maintiennent les embauches
De même, les grands réseaux restent friands de jeunes juristes (qui peuvent ne pas encore être avocats). Fidal, premier cabinet de l’Hexagone avec 1400 avocats et juristes, a réalisé plus d’une centaine d’embauches en 2016, dont la majorité (60%) dans ses bureaux régionaux, et prévoit des chiffres similaires en 2017. Environ 40% de ces postes s’adressent à des jeunes diplômés, qui bénéficient d’un parcours de formation très structuré. Le droit fiscal représente un tiers des embauches de Fidal, le droit social environ 20%, comme le droit des sociétés. « Nous recrutons dans toutes les spécialités pour nos 90 bureaux. Ainsi, en 2016, le département droit économique a renforcé ses effectifs, tout comme le département de règlement des contentieux. Et nous étoffons nos équipes dans les spécialités telles que la gouvernance », pointe Anne-Charlotte Dutel, responsable du recrutement au sein du cabinet. Mais attention : les candidatures sont nombreuses en propriété industrielle, fiscal et social. En revanche, certains bureaux en province peinent parfois à recruter.

De son côté, EY Société d’Avocats offrait en 2016 quelque 120 postes de collaborateurs, dont 75 réservés à des avocats débutants, dans toute la France, en privilégiant les formations faculté de droit/école de commerce ou expérience de l’entreprise.
Le réseau proposait aussi sur l’année environ 150 stages de quatre à six mois, dont la majorité mène à une collaboration. Le cabinet table sur des chiffres identiques en 2017. Profils recherchés : « une majorité de fiscalistes – cette activité représente 70% du chiffre d’affaires - auxquels le cabinet donne la possibilité de déterminer leur spécialité dans les premières années grâce au programme EYUniversity. Ainsi que des économistes et des informaticiens pour développer les services de demain »,  précise le cabinet.

Toutefois, l’ensemble des activités juridiques est en nette progression (+20%) chez EY. « Nous recherchons donc des diplômés en droit des affaires ou en droit social maîtrisant la langue anglaise et curieux de vivre leur métier d'avocat autrement, prêts à travailler avec des ingénieurs spécialistes du développement durable, des consultants auprès des directions financières, des commissaires aux comptes ou encore des spécialistes de la transaction ».

Autres professions réglementées : en demi-teinte

La « loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », dite « Loi Macron » (6 août 2015), a suscité beaucoup d’oppositions parmi les diverses professions libérales réglementées qu’elle entend libéraliser, notamment les huissiers, commissaires-priseurs, notaires, greffiers de tribunaux de commerce.
Beaucoup ont brandi le spectre de pertes d’emploi dans leurs offices. Mais un grand nombre de ces professionnels approchent de l’âge de la retraite, ce qui devrait mécaniquement créer des postes ou des opportunités de rachat de charges. Les métiers proches du chiffre, comme les commissaires aux comptes, seront plus en demande.
 

La fonction publique

La fonction publique offre toujours des perspectives de carrières aux juristes bien préparés. Mais l’Etat serre les cordons de la bourse. Les concours deviennent plus sélectifs, avec un nombre de candidats en hausse.

La Justice mieux pourvue
On note toutefois une reprise depuis 2011, notamment dans la Justice, soumise à un régime strict qui a aggravé certains sous-effectifs ces dernières années. Le recrutement de magistrats reste élevé,  autour de 200 postes pour le premier concours. Les directeurs des services de greffe judiciaires (anciens greffiers en chef)  sont également sur le haut de la vague et le recrutement de greffiers est reparti à la hausse, avec 400 postes offerts au seul concours externe en 2016, un record.
Au sein du ministère de l’économie et des finances, la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) propose elle aussi plus de postes d’inspecteurs aux concours externes (71 en 2017).

En revanche, la police n’ouvre plus qu’une trentaine de postes par an aux concours externes d’officiers et tout juste 20 pour les commissaires. Les armées embauchent presque autant de commissaires sous contrat (équivalent d’un CDD de longue durée) que de titularisés, autour de 25 dans chaque cas.
Et, dans les universités, les jeunes docteurs en droit doivent batailler dur pour faire leur trou...

Les collectivités territoriales 

Dans les collectivités territoriales (communes, départements et régions, organismes intercommunaux, établissements publics locaux), les « affaires juridiques » font partie des fonctions support, qui représentent quelque 14% des effectifs actuels des collectivités territoriales, selon une enquête du Centre national de la fonction publique territoriale.
Les professionnels les exerçant sont fonctionnaires, pour une majorité, ou agents contractuels, c’est-à-dire bénéficiant d’un contrat de droit public (CDD ou, de plus en plus, CDI).  

On assiste depuis quelques années à la création de services juridiques plus fournis dans les collectivités. Les compétences recherchées ? Une formation en droit public classique, doublée d’expertises plus pointues dans les marchés publics, dans l’économie autour de la fonction achat, dans l’urbanisme et le foncier pour les nombreuses collectivités qui s’engagent dans l’aménagement du territoire, ou encore dans le contentieux en ressources humaines.

« Les collectivités, ainsi que les établissements publics d’aménagement ou de logement social, recherchent des professionnels capables de sécuriser leurs délégations de service public sur les marchés de grande ampleur comme la gestion des déchets, la restauration scolaire, l’entretien... », note-t-on chez Light Consultants, cabinet de recrutement et de conseil RH spécialisé dans la sphère publique.

Mais cela s’inscrit dans une dynamique générale de maîtrise de la masse salariale et de tensions sur les financements, encore accrus par la réforme territoriale en cours et le redécoupage des régions en 2017.