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La tentation du double diplôme

Course au diplôme et effet de la crise se conjuguent pour pousser un nombre croissant d’étudiants vers un second Bac+5, juridique ou non.  Bien choisi, le double cursus fait aussi briller les yeux des recruteurs.

Au fil des ans, l’idée de double formation a fini par s’immiscer dans les cursus universitaires. Les premiers à s’être déclarés friands de juristes au double profil, formés à la tradition civiliste et à la Common Law, sont les cabinets d’avocats d’affaires. Les détenteurs de LL.M anglo-saxons y sont particulièrement recherchés, mondialisation oblige. 

Ces cabinets vont également recruter en direct sur les campus des écoles de commerce, tout comme les grandes entreprises, qui privilégient les juristes capables d’avoir une approche "business" des dossiers. Dans les domaines de la fiscalité et des fusions et acquisitions, les étudiants optent souvent pour l’un des masters juridico-financiers de ces écoles pour compléter leurs diplômes universitaires. 

Attention toutefois au choix du second diplôme : un titre d'une grande école parle aux recruteurs, tandis que leur appréciation d'un MBA, titre non protégé, dépendra beaucoup de la réputation de l'établissement qui le délivre.

Les options à succès pour les juristes :

- M2 en droit et Bac + 5 ou MBA d’une école de commerce/gestion. Les plus cotés – et onéreux - sont ceux des membres de la Conférence des grandes écoles (Essec, HEC, ESCP-EAP…). Autre option, moins coûteuse : un Bac + 5 d’un Institut d’Administration des Entreprises (IAE) à l’université. Beaucoup exigent, en plus d’un niveau d’anglais attesté, de réussir le Test d'aptitude aux études de gestion (Tage-Mage) ou l’IAE Message.
- M2 en droit et Master of Law, dits LL.M, britannique ou américain
- M2 en droit généraliste, suivi d’un second plus ciblé ou complémentaire
- M2 en droit et Bac+5 d’un Institut d’Etudes Politiques (ou l’inverse,  mais la formation juridique doit être suffisamment longue)

Qu’apporte une école de commerce ou de management? 
On y va pour la marque, l’insertion professionnelle et le réseau d’anciens. Car les parcours universitaires n’offrent pas toujours les débouchés que l’on souhaiterait ni des liens forts avec le monde du travail. La démarche tente les spécialistes en droit des affaires qui veulent se former au management, les juristes qui abandonnent l’idée de devenir avocat et cherchent à se reconvertir en entreprise. 

Et les recruteurs apprécient ces parcours. Sans le rendre obligatoire, Sandrine Claret, responsable du recrutement et de la gestion des carrières du cabinet d’avocats Fidal, reconnaît ainsi: «Le passage par une école de commerce ou de management donne des atouts qui vont souvent se révéler plus tard dans les capacités à comprendre des problématiques globales avec les clients. Cela donne une ouverture d’esprit et une certaine souplesse pour s’adapter.» Mais il s’agit bien sûr d’un complément: le niveau de la formation juridique en faculté, qui atteste d’une technicité, reste primordial. 

Le double Master 2 juridique se développe
Beaucoup d’étudiants font désormais deux Master 2. Le cas le plus courant est celui du juriste qui complète d’abord un Bac+ 5 généraliste, pour réfléchir, puis un autre, plus pointu, quand son projet professionnel s’est précisé. Rien à redire. On en trouve également qui, après avoir découvert une pratique en « master pro », veulent pousser la réflexion en master recherche. Pourquoi pas. Mais il y a aussi de mauvaises motivations. La plus courante : reculer l’entrée dans la vie active. Le risque ? Sortir sur-diplômé par rapport au marché du travail, qui vous boudera.


Témoignage : De Science Po à l’avocature

Après un parcours de « Science Po » classique, Thomas Herman a suivi, à la rentrée 2008, le nouveau Master 2 « Ingénierie des partenariats public-privé (PPP)» de l’IEP de Lyon.
Mais la spécialité lui semble trop restreinte, surtout par conjoncture morose. Il enchaîne alors sur un M2 de droit public des affaires à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.
En ligne de mire : entrer dans une école d’avocats. Il choisit la branche professionnelle du M2 pour étoffer son CV, trouve au printemps 2010 un stage dans une société d’économie mixte, planche tout l’été pour préparer le concours.  Bien lui en a pris. Il est reçu parmi les premiers. Puis tout s’enchaîne : le jeune homme intègre en 2011 la Haute Ecole Des Avocats Conseils (HEDAC) de Versailles, passe six mois en stage dans un grand cabinet anglo-saxon, Clifford Chance, et exerce aujourd’hui comme collaborateur spécialisé dans l’énergie et les infrastructures chez Herbert Smith Freehills à Paris.