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Insertion : faut-il se fier aux enquêtes ?

Les universités sont de plus en plus nombreuses à publier leurs enquêtes d’insertion professionnelle. Des outils utiles et encore méconnus, qu’il faut toutefois prendre avec des pincettes.

Le diplôme que vous convoitez mène-t-il rapidement à un travail ? Cette question, qui taraude les jeunes, trouve quelques réponses dans les enquêtes d’insertion professionnelle que réalisent aujourd’hui un nombre croissant de formations universitaires. Elles s’y lancent d’autant plus que le lien entre études et emploi est devenu un critère important d’évaluation pour le ministère dont elles dépendent.

Conscientes d’être en compétition les unes avec les autres, poussées à la transparence sur ces sujets,  les universités développent des outils qu’elles publient parfois sur le web. Un moyen rapide pour les étudiants de vérifier que la formation qu’ils visent est vraiment attractive : savoir dans quels délais les diplômés trouvent un poste est un bon moyen d’évaluer son adéquation aux besoins du marché. 

Mais il faut bien reconnaître que toutes les enquêtes ne se valent pas, loin de là. Voici quelques éléments d’appréciation, sachant que la règle de base est : plus l’enquête est détaillée et précoce, mieux c’est. 

Les quatre points à vérifier

  • Les dates
Combien de mois après l’obtention du diplôme l’enquête est-elle réalisée ? La plupart sont à 18 mois, ce qui permet d’obtenir de bons résultats d’insertion car le laps de temps est long. Une enquête à 12 mois est plus révélatrice. Si les résultats sont bons, c’est qu’un lien direct existe entre la formation et l’emploi. 
  • Le panel sondé
Combien de diplômés ont répondu ? Un sondage portant sur 4 étudiants dans une promotion de 25 ne peut pas être présenté comme significatif. Pourtant, certains ne s’en privent pas… L’enquête doit donc indiquer le panel pris en compte. Si moins de la moitié des anciens ont été interrogés, ne vous fiez pas aux chiffres avancés.
  • Le type d’emploi obtenu 
Etre en poste 6 mois après la sortie de la faculté, c’est bien. Mais s’agit-il d’un emploi fixe ou précaire ? Et de quel poste parle-t-on ? Rares sont  les enquêtes qui poussent le détail jusqu’à préciser si l’emploi obtenu est du niveau du diplôme ou inférieur. Or on ne complète pas un master II de droit privé pour devenir secrétaire juridique. « Les étudiants sont en droit de savoir quels métiers font concrètement les anciens au-delà des politiques d’affichage», assène un responsable de master. Assurez-vous que la plupart réussissent à percer au niveau visé.
  • Le nombre de formations évaluées 
Une université qui ne publierait ses résultats que dans 2 masters stars doit faire tiquer. Faut-il comprendre que les autres ne sont pas performants dans l’insertion professionnelle ? Tout le monde sait que certains domaines du droit sont moins porteurs que d’autres, qu’il est plus difficile d’y faire son trou. Afficher les résultats des locomotives comme des escargots, c’est faire preuve d’honnêteté. 
L’enquête à 30 mois du ministère

Les facultés élaborent leurs enquêtes d’insertion selon des critères qui varient d’un établissement à l’autre, ce qui rend les comparaisons difficiles. C’est en partie pour cela que le ministère réalise depuis quelques années son propre classement des universités, basé sur l’insertion professionnelle des diplômés. 

Le dernier en date, portant sur les diplômés de 2010 et paru en décembre 2013, met en avant des chiffres globaux qui restent plutôt flatteurs, avec un taux d’insertion global de 90% pour les titulaires de masters. Les masters juridiques font encore mieux (92%). 

Il y a toutefois un bémol : ces diplômés n’ont pas toujours un poste conforme à leur niveau d'études.

Mais ce classement ne fait l’unanimité. Première critique : l’enquête a lieu 30 mois après l’obtention du diplôme. Une durée très longue, qui permet à presque tous de décrocher un poste. Est-ce attribuable au dynamisme des formations ou à la simple débrouillardise des étudiants ? Certains affirment que le ministère cherche ainsi à gommer les différences entre les établissements et à doper les résultats généraux, qui seraient moins bons s’ils étaient plus précoces. Deuxième critique : l’enquête ne porte que sur un pourcentage réduit des masters, licences pro et, plus encore, DUT.

Clermont-Ferrand se donne moins de 12 mois

L’université d’Auvergne à Clermont-Ferrand met à la disposition des internautes une  des enquêtes d’insertion les plus poussées de l’Hexagone. Elle porte sur toutes les formations moins de 12 mois après l’obtention du diplôme (6 mois en général). Un délai court qui révèle la rapidité d’insertion à la sortie.

Autre détail rare : l’enquête indique à quel niveau l’emploi se situe et de quel type d’emploi il s’agit. Enfin, le taux de réponse est excellent (près de 90% !), grâce à une relance systématique. Et tout est en ligne. « Nous nous sommes engagés dans une démarche de certification de qualité (Iso 9001) pour faire reconnaître ces efforts », précise Michèle Mergault, directrice de la formation et de l’insertion professionnelle de l’université. 

Pari tenu, puisque la certification a été obtenue en août 2014, faisant de l’université d’Auvergne le premier établissement en France à pouvoir l’apposer sur les enquêtes de son observatoire. 

Que dire de l’insertion des juristes dans la dernière édition (promotions 2012) ? Elle est très bonne. Ce qui n’étonne guère compte tenu de la politique appliquée sur place : « Dans nos licences professionnelles et nos masters, l’insertion est un critère structurant. S’il est insatisfaisant, nous fermons la formation », assure Michèle Mergault. 

De plus, les masters de l’école de droit, très anciens pour la plupart, peuvent s’appuyer sur un réseau important qui stabilise leurs résultats d’insertion. Avec quelques nuances toutefois. Le master droit et fiscalité de l’entreprise, qui a une réputation nationale, continue d’offrir des ponts rapides vers l’emploi. D’autres spécialités, comme le droit de l’environnement ou les ressources humaines, ont été plus impactées par la crise. 

Quand elles sont aussi poussées, les enquêtes éclairent également d’autres aspects utiles. Dans les résultats de Clermont-Ferrand (mais c’est également vrai ailleurs), on relèvera par exemple que les salaires bruts ne sont pas très élevés et qu’il y a beaucoup de CDD. Des informations que les juniors doivent connaître pour savoir où « placer la barre » dans leur recherche d’emploi.