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Se renseigner sur les formations

Comment trouver la perle rare parmi les milliers de diplômes de droit accessibles en France ? Voici quelques pistes pour partir mieux armé à la pêche aux informations. A appliquer d’urgence !

Trouver le bon cursus demande un peu de méthode et de préparation. L’essentiel est de s’informer tôt, par les moyens les plus variés : portes ouvertes, conférence, salons... Et ce dès la deuxième année à l’université.  

Bonne nouvelle, les services d’orientation des universités ont dépoussiéré leurs pratiques. « Depuis quatre ou cinq ans, ils sont devenus bien meilleurs. On ne peut plus faire ça ‘à la papa’, en laissant les étudiants seuls devant une pile de brochures », confirme un maître de conférences parisien, qui a exercé dans deux universités en région. 

Lorsque vos ambitions sont claires, entrez dans le détail.

Les 4 points à vérifier 

  • Le programme 
C'est l'heure de décortiquer les programmes : contenu des cours, intervention de praticiens extérieurs, profil des enseignants, entreprises partenaires... « Comparez les maquettes ! Les masters de droit notarial portent le même nom mais certains sont orientés fiscalité, d’autres droit rural, ou de la famille, ou de l’immobilier … De même, le droit européen a plusieurs tonalités : la concurrence, les droits de l’homme, le marché commun… Il faut aller au-delà du titre», pointe Christine Bertrand, doyen et ancienne directrice des études (licences et masters) de l’Ecole de droit de l’université d’Auvergne.
  • La réputation
Il n’y a pas que l’université Paris II ! Les facultés de droit de bonne réputation sont nombreuses en France. A Aix-en-Provence, Bordeaux, Montpellier, Strasbourg et dans bien d’autres villes, on trouve aussi des masters très côtés. 

Le taux de réussite, l'ancienneté du diplôme sont souvent des indicateurs de la notoriété de la structure. Aux yeux des recruteurs, tous les diplômes de droit portant le même intitulé ne se valent pas. Arrivé en Master 2, la renommée du directeur est une donnée encore plus importante. Demandez l’avis de vos professeurs actuels. L’enjeu, c’est la reconnaissance de cinq ans d’études minimum et l’accès à des offres d’emploi plus nombreuses. 

Vous pouvez également vous appuyer sur des labels et classements pour vous forger une opinion.  Mais ne les prenez pas pour parole d’évangile. Leur méthodologie diffèrent et ils ne font pas l’unanimité. 
  • L’insertion professionnelle
Si c'est l'entrée dans la vie active qui vous titille, soyez particulièrement attentifs aux modalités du stage. Y-en-a-t-il un ou plusieurs ? De quelle durée ? Quels moyens sont déployés pour vous y mener (base d'annonces, liens privilégiés avec des employeurs, etc.) ? Combien d’anciens sont embauchés à la suite de leur stage ? Certains diplômes affichent ces statistiques. 

Vérifiez aussi  la place des professionnels dans le corps enseignant du Master. Un chiffre élevé est un gage de bonne connexion avec le monde du travail. « La présence à Clermont-Ferrand de l’Ecole nationale des impôts en fait une place forte de la fiscalité, ce qui facilite les échanges entre la faculté et le monde professionnel, signale  Frédéric Buy, directeur du master 2 « droit et fiscalité de l'entreprise » de l’université d’Auvergne et coresponsable du master « droit de l'entreprise ». Nos cours dans ce domaine, en comptabilité et en analyse financière sont presque tous assurés par des inspecteurs des impôts et des avocats locaux. » 

Renseignez-vous également sur les dispositifs proposés pour vous accompagner dans votre recherche d’emploi. Certaines universités ne badinent pas avec le projet professionnel. On en voit imposer une dizaine d’heures de cours en licence portant sur les techniques de recherche d’emploi, la simulation d’entretiens, etc. D’autres se contentent du minimum : des guides à consulter, sans réelles interactions. 

A savoir : il devient fréquent pour les établissements publics de publier sur Internet leurs enquêtes d’insertion professionnelle au sortir de leurs différents diplômes. Ce sont des outils intéressants. A manier avec prudence toutefois. 
  • Le financement
A ce stade, posez-vous également la question du budget. Si vous ne pouvez pas investir des milliers d'euros, évitez les écoles préparatoires et les double cursus dans le privé. 

Cherchez du vécu 

Beaucoup de formations ont leur site. Mais ne vous arrêtez pas à l’information officielle : rien de tel que le vécu !
  • les salons étudiants et forums des carrières : Courrez y faire des rencontres. Rien de tel que les discussions informelles. Les établissements prennent le temps de répondre aux questions. Des entreprises, des cabinets, des organismes s’y déplacent pour parler de leur politique de recrutement. 
  • Les réseaux sociaux : Contactez les étudiants actuels ou les anciens via leurs associations ou retrouvez les réseaux sociaux (Facebook, Video, Linked In…). Pas d’association d’anciens ? C’est mauvais signe. Vérifiez la dynamique du diplôme et le devenir de ses étudiants. 
  • Les forums en ligne : En y consacrant le temps suffisant, on y trouve des informations très utiles. Mais attention à ne pas prendre toutes les réponses pour argent comptant. Les « je-sais-tout » mal renseignés, les aigris critiques, les inquiets soucieux de vendre au mieux leur formation par peur qu’elle ne se déprécie, les élitistes qui méprisent par principe tout ce qui n’a pas le label « grande école » sévissent aussi sur la Toile. « La réputation d’un master tient à ce que les gens qui l’ont suivi laissent filtrer. Mais en croisant les opinions, on finit par se faire sa propre idée », pointe un étudiant. De même, vérifiez toujours la date de publication. Le Net regorge d’informations caduques !

Petite ou grande fac ? 

L’université est un monde passionnant. Mais il peut dérouter. Dans les grandes facultés, de nombreux étudiants se sentent livrés à eux-mêmes. S’ils n’ont pas le contact facile ni la chance de rencontrer très vite quelques camarades pour les épauler, le décrochage les guette. Surtout en deuxième année, quand les apprentis juristes passent de la culture générale à l’application du droit et que les choses se corsent.   
Une université plus modeste pourrait mieux leur convenir. Les cours sont moins peuplés, les professeurs plus disponibles, on retrouve les mêmes têtes… Plus cosy, en somme. « L’avantage d’une petite université, c’est d’être peu nombreux en travaux dirigés, un vrai confort, confirme Muriel, qui a suivi une licence de droit à La Rochelle. Les groupes sont constitués par ordre alphabétique, donc on retrouve régulièrement les mêmes têtes. C’est important pour avoir un groupe d’amis qui s’entraide. A La Rochelle, le lieu est assez animé, on nous propose beaucoup d’activités. Mais l’inconvénient des facs de cette taille, c’est qu’on a très peu de choix après la licence. »

Le conseil en plus : le portail du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est très riche sur tous les aspects de la vie étudiante.

Témoignage : le choix de Muriel

Muriel a validé sa licence de droit à La Rochelle, la ville où elle réside avec ses parents, en 2013. La suite ? Elle se déroulera à Nantes, pour suivre un Master 1 de droit de l’environnement, puis un Master 2 de droit de l’environnement littoral et marin. Plutôt précis, pour une jeune femme qui en première année se répétait : « Je ne sais pas quoi faire. » 

En fait, Muriel a laissé son projet se décanter petit à petit. «J’étais persuadée d’être faite pour le droit privé, puis j’ai découvert et aimé le droit public», reconnaît-elle. Elle se frotte au droit maritime grâce à un cours de dernière année. Quand elle sent qu’elle accroche, elle part questionner l’enseignant, qui exerce dans une collectivité. Premiers conseils. 

Puis elle creuse. Les débouchés ? Elle apprend qu’on trouve des postes dans la gestion des ports, les assurances, les services juridiques d’armateurs, qu’on peut devenir avocat spécialisé… Intéressant. Elle constate qu’il y a peu de masters de ce type en France, ce qui la rassure. Vient enfin le choix du lieu. « J’ai cherché une ville proche sur le plan géographique, et qui proposait un M1 pas trop spécialisé. »

Son regard se tourne vers Nantes, où elle imagine, dans un premier temps, enchaîner un Master 1 de droit international et européen, puis un Master 2 de droit maritime. Soucieux de l’avenir de sa petite fille, son grand-père part vérifier la réputation de la formation dans les classements. Et confirme : Nantes est bien placée. C’est donc là que Muriel postule, avec d’autant plus d’assurance que l’entrée en M1 n’est pas sélective… et qu’elle connaît déjà du monde là-bas. Et puis quitter une ville portuaire pour une autre, est-ce vraiment dépaysant ?   

Les mois passant, Muriel se ravise. La fin du parcours n’est-elle pas trop pointue ? Le passage entre ces deux diplômes ne risque-t-il pas d’être compliqué ? Elle finit par opter pour un cursus plus large, axé sur l’environnement. Le droit maritime y reste présent, à moindre dose.