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Master 2 : recherche ou pro ? Et l'alternance ?

Les diplômes à visée professionnelle ont la préférence des étudiants depuis plusieurs années. Mais l’option recherche est également prisée chez les juristes.

Depuis 2002 et la réforme dite LMD (pour Licence-Master-Doctorat), qui a harmonisé les cursus au niveau européen, le Bac+5 est devenu un standard. Mais les étudiants doivent choisir entre le Master 2 professionnel, qui vise un secteur d’activité, et le cursus recherche, qui permet d’approfondir et donne plutôt une méthodologie. 

Pas si éloignés…

Parfois, la différence entre les deux diplômes est mince. Il devient ainsi courant de proposer les deux options au sein d’une même spécialité. Dans ce cas, après un enseignement en tronc commun les premiers mois, l’étudiant tenté par la recherche produit un mémoire tandis que le jeune avide de démarrer sa carrière poursuit un stage avec rapport en entreprise.  

« Nous cherchons tous à gommer ces appellations qui ont bouleversé les esprits », pointe Laurent Neyret, professeur en droit privé à l’université  de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (et professeur à Sciencespo Paris), où il a co-dirigé un master 2 professionnel en droits public et privé de la santé. « L'important, c'est l'adhésion à une matière. Et rien n'empêche, quand on choisit un master recherche, de faire un stage pratique pendant l'été ! » Il faut dire qu’en droit, les bons masters recherche sont parfois très appréciés des cabinets d’avocats et autres employeurs spécialisés. 

En revanche, l’étudiant qui a suivi la voie professionnelle et voudrait s’engager dans une thèse devra généralement demander une dérogation. Une formalité pour les uns, un parcours du combattant pour les autres. « Nous ne prenons pas en thèse un étudiant qui n’aurait pas fait de mémoire, car c’est une révélateur de l’aptitude à la recherche, signale Christine Bertrand, doyen de l’Ecole de droit de l’université d’Auvergne. Il faut qu’il ait passé ce test. Si ces quelques mois ne lui ont pas plu, la thèse l’assommera.», 

La voie de la recherche

Le master 2 recherche est une année de construction et d'apprentissage du raisonnement : elle s'appuie sur une capacité de travail et d'analyse. C’est une épreuve intellectuelle. On apprend une méthode et puis… on est un peu livré à soi-même. Pas toujours facile d’évoluer en solitaire (c’est plus ou moins le cas selon les formations), d’autant qu’au bout de cette cinquième année survient un choix délicat : poursuivre en thèse ou entrer dans la vie active ? 

Si vous vous sentez déjà l'âme d'un thésard, pas d’hésitations : c’est en master recherche qu’il vous faut aller. Sachez que, contrairement à une idée reçue, vous serez minoritaire dans votre promotion. Veillez à enquêter sur l'équipe de chercheurs, sa réputation, ses publications... Les bourses doctorales sont attribuées sur la compétence centrale du laboratoire. 

La filière « pro »

Le nombre de diplômes à vocation professionnelle augmente fortement en France. Rien d’étonnant à cela : la filière pro doit faciliter l’entrée dans la vie active. Les juristes qui s’y engagent auront normalement un train d’avance par rapport à leurs camarades en recherche, dans la mesure où, via leur stage, ils pourront avoir un pied chez un employeur plus enclin à les garder. 

Mais entrer dans un master 2 pro ne signifie pas que l’emploi vous tombera tout cuit dans le bec. Certes, la formation doit ouvrir un carnet d’adresse de professionnels susceptibles de vous intégrer. Mais ce sera à vous d’être proactif et d’étendre ce réseau. Si les débouchés du M2 pro que vous convoitez vous semblent très limités ou peu clairs, fuyez !

Attention à l’hyper-spécialisation

Les titres trop pointus peuvent vous fermer des portes par la suite. Certaines voies, comme le droit humanitaire, le droit européen ou du développement, fascinent les étudiants. Mais elles offrent peu de débouchés. « A part dans des secteurs où cela peut se justifier, comme le droit de la propriété industrielle, où il y a une vraie demande, une trop grande spécialisation n’est pas recommandée, confirme un responsable de formation. Attention donc aux filières de type « droits de l’homme ». Même les masters de droit pénal ne sont pas toujours les meilleures formations pour passer le concours d’une école du barreau. » 

Qu’en faire en cas d’échec ? La question se pose aussi pour les M2 « carrières judiciaires », par exemple. Pas faciles à valoriser quand on échoue aux concours de la justice. Opter pour un master 2 en droit privé général donne autant de chance de réussir le concours de l’Ecole Nationale de la magistrature, tout en offrant plus d’options pour la suite. 

Et que dire des M2 professionnels très ciblés ? Tout va bien tant que le secteur embauche. Quand il souffre… Les spécialistes du droit immobilier ont eu ainsi quelque mal à se « caser » en 2009. Vérifiez sur les sites d'offres d'emplois que les titulaires de la formation que vous convoitez ont le vent en poupe. Mais ne retenez pas ce seul critère. Tentez de vous renseigner sur plusieurs années. Un secteur, une spécialité peuvent connaître une baisse conjoncturelle des recrutements et repartir de plus belle 18 mois plus tard.  Cela s’est déjà vu chez les fiscalistes, après de grandes vagues de recrutement.

Quel conseil retenir ? Exception faite des voies courtes qui mènent directement à un métier, un cursus généraliste et porteur (droit des affaires, droit social ou fiscal) est meilleur dans un premier temps, quitte à se spécialiser vers la fin des études. C’est ce qu’explique Frédéric Buy, directeur du master 2 « droit et fiscalité de l'entreprise » de l’université d’Auvergne et coresponsable du master « droit de l'entreprise » : « Les étudiants de notre master 2 fiscalité bénéficient également d’une solide formation en droit des affaires. Il  est important pour eux de la garder, car les fiscalistes sont amenés à traiter de manière frontale d’autres dossiers, en droit des sociétés notamment, pointe-t-il. Mais nous leur proposons de préparer en parallèle de leur Master un diplôme universitaire de fiscalité approfondie, qui les rendra très performant dans cette matière. » 

Et l’alternance ?

Cette formule a le vent en poupe, car elle permet d’être rémunéré pendant ses études et d’accumuler pendant un an une expérience très bien vue.  Elle n’est pas encore très développée dans les M2 juridiques. Mais on la trouve par exemple à l’université Toulouse 1 (M2 droit des affaires, parcours juriste d’entreprise), à Paris 2, en « droit et pratiques des relations de travail », à Nanterre (Master pro droit social et gestion des ressources humaines, à l’Université d’Aix-Marseille III, avec la spécialité droit et fiscalité de entreprise, etc. 

Ces parcours imposent un rythme soutenu pour réussir à mener de front charge professionnel et exercices académiques. L’autre difficulté est, bien sûr, de convaincre un employeur de vous prendre en contrat d’apprentissage …