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Les recrutements par métiers : les tendances pour les juristes d'entreprises

Les juristes d’entreprise ont le vent en poupe. « Avec la croissance économique, des entreprises de toutes tailles investissent et recrutent, signale Christian Lamy, cogérant du cabinet Jurispartner (Groupe William Sinclair). Tous les profils sont recherchés : du généraliste en droit des affaires au professionnel pointu dans les secteurs très réglementés».
 

Digital et données personnelles

Mais certains domaines émergents font beaucoup parler d’eux. Avec l’entrée en vigueur en mai 2018 du règlement européen sur la protection des données personnelles - le RGPD –, auquel toutes les entreprises doivent se plier, le besoin de juristes capables de prendre ces sujets à bras a explosé.  De même, tous les secteurs d’activité – luxe, autoroute, environnement, assurances…- digitalisent leur activité et déploient leurs réseaux. La chasse aux spécialistes en informatique ou technologies de l’information et communication est d’autant plus intense que ces sujets sont récents et peu de formation existent. « La plupart des juristes ont développé cette compétence dans le cadre d’un poste », remarque Christian Lamy. Les juniors ont donc ici une carte à jouer.
 

Conformité et gouvernance

On voit également se développer de nouvelles fonctions. Les responsables ou directeurs de la gouvernance viennent souvent des rangs des juristes pour accompagner la stratégie  en assurant la responsabilité sociale et environnementale (RSE) de l’entreprise. La demande est particulièrement forte pour le recrutement de « compliance officers » (qui ne sont pas tous juristes) chargés de superviser la gestion des risques, de promouvoir l’éthique, d’assurer la cybersécurité de leur structure, etc. Des cabinets d’avocats développent également cette expertise pour conseiller leurs clients.
 
Ces postes, qui ont émergé il y a quelques années à la faveur de sanctions et d’amendes, sont devenus incontournables avec  la Loi Sapin II  et l’obligation générale de transparence et de prévention de la corruption qu’elle contient, ou encore  le projet de loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre adoptée le 27 mars 2017. « Si la loi Sapin II érige des seuils, ses exigences vont  s'étendre aux autres entreprises par capillarité, dans la mesure où les structures les plus importantes doivent prouver qu’elles travaillent avec des tiers qui eux-mêmes respectent les obligations», pointe Blandine Cordier-Palasse, fondatrice et associée dirigeante du cabinet de recrutement juridique, risk et compliance BCP Executive Search. Mais les fonctions de « compliance officer » ou « responsable conformité » sont plutôt taillées pour les professionnels aguerris car il s’agit de sujets complexes qui ont un impact sur le business model et la prévention des risques.
  
Un nombre croissant de formations se proposent toutefois de former ces cadres. Outre le Master Droit et Ethique des affaires de l’université de Cergy-Pontoise, qui a fêté ses 10 ans en 2018, on compte les nouveaux diplômes d’université (DU) de Paris II-Assas (DU responsable conformité/compliance officier et DU Protection des données/data protection officer et Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, spécialisé, lui, dans la lutte anti-blanchiment, l’Executive Master de Dauphine ou encore le Master2  « Juriste conformité » de la Faculté de droit de Strasbourg.
 

Les autres pistes 

Du fait de la croissance économique, les recruteurs signalent également une forte demande en fusion-acquisitions et dans les fonctions contractuelles. Plus étonnant, depuis la mi-2017, Christian Lamy note une hausse des postes en droit public, assez atone ces dernières années, en provenance de sociétés adjudicatrices porteuses de délégation de service public. 
 
Enfin, les juniors doivent aussi penser aux grands cabinets d’avocats organisés en réseaux, tels que Fidal  ou EY Société d’avocats, qui recrutent également des juristes pour le conseil aux entreprises.
 

Deux conseils en plus pour les juniors: 

Miser sur les ETI
L’erreur de beaucoup de jeunes diplômés est de ne viser que les grands groupes, très sollicités. Christian Lamy conseille de se tourner plutôt vers les entreprises de taille intermédiaire (ETI). D’autant que ces structures ont des critères plus souples… et pas toujours les moyens de prendre des seniors. « Elles veulent internaliser les compétences juridiques qu’elles sous-traitaient auparavant. Elles créent donc des équipes ou se renforcent sur certaines spécialités, notamment le droit des sociétés, des contrats ou le droit économique…», pointe Christian Lamy.  
 
Choisir un premier poste très formateur 
Les PME constituent aussi une option pour les généralistes. « Mais les jeunes diplômés qui seraient tentés doivent savoir que tout dépend de l’équipe qu’ils rejoignent. Ils pourront être happés par le quotidien dans une PME et que ce n’est pas toujours là qu’ils se formeront le mieux, affirme Blandine Cordier-Palasse, fondatrice et associée dirigeante du cabinet de recrutement juridique BCP Executive Search. Je conseille de toujours commencer en cabinet d’avocats pour se frotter à des situations très différentes aux côtés d’associés formateurs. Ou en entreprise, mais sous la supervision d’un mentor impliqué et pédagogue ».