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Les recrutements par métiers : tendances pour les avocats et autres professions réglementées

Avocats : de grands écarts

Le nombre croissant d’avocats en France rend l’installation difficile pour les généralistes ou les pénalistes, qui doivent d’emblée se constituer une clientèle. Dans le droit des affaires, en revanche, les débuts de carrière sont plus ouverts. Les juniors démarrent souvent comme collaborateur d’un cabinet où exercent plusieurs associés, avec des perspectives d’évolution variables, car les cabinets d’avocats embauchent moins que les entreprises. 

« Les gros cabinets d’avocats ont une activité plutôt en baisse, même si elles restent incontournables pour les sociétés cotées qui veulent mener des opérations transfrontières, » note Christian Lamy, cogérant du cabinet de recrutement Jurispartner (Groupe William Sinclair). Nombre d’entreprises se tournent vers des structures plus petites, moins chères, dont beaucoup ont vu le jour ces dernières années. « Les cabinets entre 15 et 40 collaborateurs et associés recrutent toujours».
 

Les grands réseaux maintiennent les embauches

De même, les grands réseaux restent friands de jeunes juristes (qui peuvent ne pas encore être avocats).  Fidal, premier cabinet de l’Hexagone avec 1450 avocats et juristes, a réalisé plus de 150 embauches en 2017,  aussi bien à Paris qu’en régions. Environ 40% de ces postes s’adressent à des jeunes diplômés, qui bénéficient d’un parcours de formation très structuré. Le droit fiscal représente un tiers des embauches de Fidal,  contre un quart en droit des sociétés et près de 20% en droit social. «Nous recrutons dans toutes les spécialités pour nos 90 bureaux, qui ont continué à renforcer leurs équipes à travers des créations de postes», pointe Anne-Charlotte Dutel, responsable du recrutement au sein du cabinet. Mais attention : les candidatures sont nombreuses en propriété industrielle, fiscal et social. En revanche, certains bureaux en province peinent parfois à recruter.

De son côté, EY Société d’Avocats offre en 2018 quelque 140 postes de collaborateurs, dont une centaine réservés à des avocats débutants, dans toute la France, le cabinet privilégie les formations universitaires complétées par une expérience de l’entreprise acquise en stage ou un parcours en école de commerce mais recrute également des ingénieurs en système d’information et des consultants économistes. Le cabinet proposait aussi sur l’année environ 130 stages de quatre à six mois, avec l’objectif de mener 80% d’entre eux à une collaboration. EY Société d’Avocats table sur des chiffres identiques en 2019. 

Profils recherchés : « une majorité de fiscalistes à culture internationale car cette activité représente toujours 70% du chiffre d’affaires et l’international les deux-tiers des activités juridiques et fiscales. Le cabinet leur donne la possibilité de déterminer leur spécialité dans les premières années grâce au programme EYUniversity. Ainsi que des consultants économistes et des informaticiens pour accélérer le développement du digital»,  précise Stéphane Baller, associé du cabinet. Toutefois, l’ensemble des activités juridiques, y compris le contentieux, est en nette progression (+20%) chez EY. « Nous recherchons donc des diplômés en droit des affaires ou en droit social maîtrisant la langue anglaise, et curieux des chiffres et du numérique pour de vivre leur métier d'avocat autrement, prêts à travailler avec des ingénieurs spécialistes du digital, du développement durable, du management des risques, avec des consultants ou encore des spécialistes de la transaction ».

Autres professions réglementées : en demi-teinte

La « loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », dite « Loi Macron » (6 août 2015) a suscité beaucoup d’oppositions parmi les diverses professions réglementées qu’elle entend libéraliser, notamment les huissiers, commissaires-priseurs, notaires, greffiers de tribunaux de commerce. Beaucoup ont brandi le spectre de pertes d’emploi dans leurs offices. Des restructurations sont en cours, notamment la création progressive, à partir de 2019, d’un statut de commissaire de justice qui regrouperait huissiers et commissaires-priseurs  judiciaires. 

Mais un grand nombre de ces professionnels approchent de l’âge de la retraite, ce qui devrait mécaniquement créer des postes ou des opportunités de rachat de charges. Les métiers proches du chiffre, comme les commissaires aux comptes, seront plus en demande.